29.09.2007
"Equilibre précaire"
J’ai devant les yeux un bien beau texte, tenez, en voilà quelques extraits :
« (…) Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. (…)
Bravo !
"La nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. (…)"
Normal, mais c’est toujours bien, de l’écrire.
« Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et au vieux travailleur, la protection de la santé, de la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain, qui en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables à l'existence. (…) »
Joli non ? Et puis, comment dire, égalitaire. Il doit être bon de vivre dans un pays régi par d’aussi beaux principes.
Tiens c’est un vieux truc, ça a 61 ans.
Et c’est ?
Et c’est ?
Oh ! Le préambule de la Constitution française de 1946 !
Je savais bien que ça me disait vaguement quelque chose, vaguement seulement parce qu’entre les belles déclarations de 1946 et la réalité d’aujourd’hui, il y a comme qui dirait…un décalage.
Un vilain décalage même, parce que pour ce qui est des trois articles cités (5-10-11), j’ai bien peur qu’on ne soit à côté ces derniers temps dans le fier hexagone, et pas seulement là d’ailleurs, je n’ai jamais lu la Constitution italienne, mais je ne serais pas étonnée d’y trouver des résolutions similaires.
Parole, parole, parole….
Mais au-delà des paroles, il y a des êtres humains, beaucoup d’êtres humains qui ne savent pas exactement de quoi demain sera fait, s’ils auront un travail, un salaire qui leur permettra de payer un loyer, les mensualités de la maison achetée imprudemment il y a deux ans avant d’avoir bien saisi ce qu’était « un plan social », les frais de scolarité, le chauffage, à manger, les médicaments.
Ce nouveau désordre, qui plombe la vie et sème l’insécurité et la crainte du lendemain, porte un nom : précarité.
« La précarité affecte profondément celui ou celle qui la subit ; en rendant tout l’avenir incertain, elle interdit toute anticipation rationnelle et, en particulier, ce minimum de croyance et d’espérance en l’avenir qu’il faut avoir pour se révolter, surtout collectivement, contre le présent, même le plus intolérable » Pierre Bourdieu
Le phénomène gagnant du terrain, il devient urgent d’en mesurer les conséquences et de réfléchir aux moyens d’y remédier, c’est pourquoi aujourd’hui je voudrais vous signaler l’existence d’un nouveau blog, très intéressant tant par sa démarche que par la qualité des textes qu’il propose.
Son nom est bien trouvé : Equilibre précaire.
Et voici sa présentation:
""Equilibre précaire" est un blog collectif sur le travail précaire et les personnes en situation de précarité.
L'équipe regroupe neuf auteurs, trois femmes et six hommes de 18 à 50 ans. Ils vivent à Paris, Toulouse, Prague et ailleurs. Ils animent leur propre blog. Pour la plupart ce ne sont pas des précaires. En revanche, ils ont un regard attentif sur cette question.
"Equilibre précaire" accueille aussi des invités. Ils publient des articles périodiquement. Ce sont des témoignages ou des analyses sur la précarité, le travail, l'emploi.
En tant que blog collaboratif, "Equilibre précaire" a vocation à accueillir un grand nombre d'auteurs invités, venus de tous horizons. Même si les auteurs peuvent se montrer parfois engagés, le blog n'est pas un blog militant. Sa vocation n'est pas de concurrencer d'autres sites dédiés à ce sujet mais d'évoquer la précarité sous différents angles.
Ouvert officiellement le 15 septembre, ce blog a déjà reçu plus de 4000 visites."
Eric Mainville, Crise dans les médias
La précarité concerne l’ensemble de la société, les plus démunis condamnés à une existence emplie de difficultés « comme une épluchure sur l’eau » (Bourdieu), mais aussi beaucoup de ceux dont on dit qu’ils appartiennent aux classes moyennes, et qui, vivant avec la crainte de basculer dans l’insécurité, retiennent leurs élans, courbent les épaules, obéissent aux injonctions du marché, perdent leur vie à la gagner.
« Ne voir et ne vouloir traiter que l'exclusion et la grande pauvreté revient à occulter le fait que la précarité est la traduction d'un renforcement des inégalités sociales qui est devenu en quelques années le problème le plus considérable que la société française ait eu à affronter depuis longtemps. Ses causes et ses effets vont bien au delà de la population visible des exclus. » Pierre Bourdieu
« L'histoire nous dit que toute obéissance est une abdication, que toute servitude est une mort anticipée. »
Elisée Reclus
18:15 Publié dans Au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Précarité











Commentaires
un blog que je visite régulièrement.
Et je continue à ne pas comprendre pourquoi ce n'est pas réellement une priorité et non uniquement un argument électoral
Ecrit par : brigetoun | 29.09.2007
bridgetoun : le dernier article de nicolas j (sur equilibre precaire) te donne un élément de réponse.
Par contre personne encore ne m'a rien dit sur le moyen de faire que ça change. Alors on cherche ...
Ecrit par : franssoit | 29.09.2007
Merci d'en parler.
Ton texte part de la Constitution de 1946. Aujourd'hui, nous nous sommes éloignés de ce texte, au point que s'y référer semble anachronique, extraordinaire. Qu'un des droit fondamentaux du citoyen soit si largement bafoué (jusqu'à être oublié, au point que le discours dominant considère les chômeurs non comme des hommes privés d'un droit, le droit à assurer son autonomie, mais les considère comme des "chômeurs volontaires", des fraudeurs, ou des statistiques anonymes.
Tu es bien sûr la bienvenue sur "équilibre précaire" pour rejoindre cette équipe à taille variable (en expansion pour le moment!)
Ecrit par : Eric | 29.09.2007
bonjour!
@Eric
en faisant un peu en recherche sur internet pour étayer mon article, je suis tombée en arrêt devant un article de la Constitution de 1946; du coup je suis allée lire l'ensemble du préambule
et comme tu le soulignes: anachronique, extraordinaire.
c'est pour cela que je suis partie de ces articles pour commencer mon billet;
merci de ton invitation, dès que j'ai le temps j'écris quelque chose sur la précarité en Italie.
Ecrit par : céleste | 30.09.2007
Merci Céleste, je ne connaissais pas ce blog, je le note !
Ecrit par : Fauvette | 30.09.2007
C'est un trés bon blog.
Ecrit par : Falconhill | 01.10.2007
J'aime beaucoup la citation d'Elisée Reclus.
Merci.
Ecrit par : Posuto | 01.10.2007
je t'invite à participer à notre rallye poèsie, www.lequipedechoc.over-blog.com
Ecrit par : irene | 01.10.2007
Sauf que...
En 1946, on avait un pays à reconstruire, il y avait nettement plus de jeunes que de vieux et l'espérance de vie y était moindre... on mourait encore de la tuberculose par exemple.
Les choses se sont presque inversées... bientôt il y aura moins de gens au travail que de gens pas ou plus en âge de travailler. Alors on finance comment ?
Dès que le pouvoir, quelqu'il soit, essaie de dire qu'il faudrait peut-être songer à financer autrement la santé et la vieillesse afin que tout le monde ait droit à sa petite part de gâteau... les hurlements s'élèvent de toute part.
Pour assurer un emploi à tous, quelle belle naïveté, encore faut-il qu'il y ait du travail... et le travail, ça ne se décrète pas... sauf sous les dictatures rouge sang.
C'était juste comme ça en passant. Bien sûr la pauvreté, c'est moche... mais être pauvre en France n'est peut-être pas aussi terrible qu'être pauvre en Afrique, en Inde, en Chine ou au Mexique.
Ecrit par : Annie | 01.10.2007
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