23.05.2007
Et en Italie, c’est comment l’école ?
Venant à l’instant de voir et d’entendre le nouveau ministre d’Education Nationale vanter les mérites de l’abolition de la carte scolaire, qui, a-t-il dit, sera aménagée dès la prochaine rentrée et comme il me semble avoir compris de son petit discours que cette mesure est supposée permettre une meilleure mixité sociale, j’aimerais, à titre de comparaison, expliquer brièvement quelques particularités du système scolaire italien.
Premier point, la fameuse carte scolaire n’existe pas.
En pratique :
- durant les périodes d’inscription, les écoles, les collèges et les lycées rivalisent d’imagination pour séduire les familles, l’équation est simple : plus d’élèves, plus de subsides, y compris dans la poche du « Preside » (le proviseur), dont le salaire est proportionnel aux nombre d’élèves et qui joue un rôle de chef d’entreprise.
- de façon tout à fait prévisible, les établissements scolaires sont étiquetés socialement, qualitativement (bonnes ou mauvaises) et politiquement (écoles de droite, écoles de gauche) et alors que certaines écoles élémentaires n’arrivent pas à accepter toutes les demandes, d’autres, dans les quartiers à forte population immigrée, doivent fermer des classes faute de participants. Car, qui l’eut cru lustucru, beaucoup de familles italiennes rechignent à mettre leurs progénitures dans des classes multi ethniques.
Conclusion : mixité sociale à l’école, presque inexistante. Désolée monsieur Darcos, je ne fais que constater.
Deuxième point, les établissements scolaires jouissent d’une très grande autonomie financière. Les « Preside », aidés par des secrétaires, sont donc des gestionnaires. Hélas, ils ont une formation d’enseignant et tout le monde n’est pas naturellement doué pour la gestion. Etant donnée l’énorme quantité de dépenses (parmi lesquelles la rétribution des suppléants) liées au fonctionnement d’un établissement scolaire, il arrive, malencontreusement, que des caisses soient vides bien avant la fin de l’année. Autre particularité, les enseignants, fort mal payés (presque moitié moins que leurs collègues français) ont la possibilité d’arrondir leurs fins de mois en travaillant sur « des projets ». Certains sont excellents, d’autres approximatifs ou franchement bidons, tout dépend des rapports avec les « Preside » et de l’orientation du Consiglio d’Istituto (conseil d’école). Pour finir, certains établissements scolaires n’hésitent pas à faire appel à des entreprises privées pour renflouer les finances. Dernièrement, j’ai eu entre les mains, dans un lycée, un prospectus destiné aux élèves et qui vantait les mérites….d’une institution bancaire proposant des comptes en banques attractifs.
Conclusion : dans cette vision libérale de l’éducation, l’administration considère l’élève comme un consommateur.
Malgré cela le système scolaire italien a de grandes qualités, et il est vraiment dommage qu’au lieu d’en copier le pire, les nouveaux stratèges français n’aient pas eu l’idée de s’inspirer du meilleur, deux exemples :
1. Les Italiens sont très attachés à la continuité pédagogique. Durant les cinq ans d’école élémentaire, le groupe classe ne change pas et effectue tout le parcours, en compagnie de deux enseignants dans les écoles qui fonctionnent à temps plein et de trois dans celles qui ne fonctionnent que le matin. Le lien qui se crée entre les instituteurs, les enfants et leurs familles, murit et s’enrichit au fil des années et permet d’éviter bon nombre de problèmes d’apprentissage ou de discipline. On retrouve cette continuité didactique au collège qui dure trois ans et aussi au lycée dont les cinq années sont divisées en deux étapes principales. Par conséquent le climat qui règne dans les écoles, collèges et lycées italiens est chaleureux, presque familial ce qui est facile entre partenaires qui se connaissent bien.
Ah j’oubliais une petite précision, les profs tutoient les élèves.
Non ce n’est pas un détail, je viens d’entendre Monsieur Darcos proposer une nouveauté venue tout droit des années cinquante, le vouvoiement aux élèves. Pour illustrer la pertinence du propos le journal télévisé nous a montré un établissement privé plutôt chic où le vouvoiement est de mise. La directrice a parlé de code social, un truc du genre, que de charmants adolescents en pantalon marine devaient maitriser…arrivée à ce stade j’ai éteint la télé.
2. L’intégration des enfants en difficulté ou en très grande difficulté (handicaps cognitifs, neuropsychologiques, moteurs) est pour moi une extraordinaire réussite. En effet, contrairement au système français où l’on regroupe les enfants différents dans des écoles, ou des classes spécialisées (pour avoir travaillé des années en classe de perfectionnement je sais de quoi je parle), le système italien permet à ces enfants, les plus démunis face à l’apprentissage, une totale et réelle intégration.
En pratique : pendant cinq ans, c'est-à-dire un cycle entier, Fabio (mon compagnon) a eu dans la classe où il était « maestro », une petite fille trisomique qui était à 80% du temps scolaire assistée par un enseignant de soutien. Assis à ses côtés, lui expliquant les consignes, la guidant dans les apprentissages. Régulièrement une commission composée des deux titulaires de la classe, de l’enseignant de soutien, d’une psychologue, d’un médecin et des parents de l’enfant était réunie afin de faire le point.
Cet exemple n’a rien d’exceptionnel, tous les enfants, quelles que soient leurs particularités, sont intégrés dans les écoles élémentaires et les collèges italiens publics et de nombreux enseignants ont pour tâche de les épauler et d’aider à leur épanouissement.
Il y aurait bien sûr une infinité d’autres choses à dire sur l’école italienne.
Globalement est-elle meilleure ou pire que l’école française actuelle ?
Difficile à définir en quelques phrases, mais malgré ses défauts imposés par un état libéral, elle a su, grâce à la mobilisation des enseignants et à l’attention constante des familles, rester humaine, proche des enfants, sereine,
Sur le sujet je signale deux articles très intéressants, l’un sur l’excellent blog « Des bassines et du zèle », l'autre sur le Monde Diplomatique
00:05 Publié dans Au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : école, carte scolaire, Italie, Xavier Darcos








Commentaires
Mon plus grand regret est de ne pas avoir mis ma fille dans le privé dès le début du secondaire. Elle est maintenant en quatrième et en echec scolaire absolu.
Écrit par : amarula | 23.05.2007
@amarula,
Oui, en même temps, il ne faut pas trop idéaliser l'enseignement privé.
Tout est relatif.
"Tu payes, tu peux t'attendre à des satisfactions."
Mais l'enseignement privé, qui est aussi, enseignement catholique et privé, n'a pas que du positif.
En résumé, il faut admettre que cela représente une certaine sécurité pour les parents. L'étude du soir où les devoirs sont faits sous surveillance, l'appel téléphonique au moindre problème etc.
Mais les enseignants du privé ne sont pas plus ou pas moins que les enseignants du secteur public.
La motivation n'est pas plus ou moins importante.
Les parents déplorent le même manque de communication entre parents-enseignants. Nous sommes sollicités lorsque le portefeuille ou le chéquier doit servir...
Il faut aller au devant des propositions, des rencontres.
Ca emmerde autant les enseignants que dans le public !
Tout est très bien lors de la première réunion de rentrée scolaire, après il faut
se dire que c'est le silence-radio. La communication se fait essentiellement par billets photocopiés et collés dans le cahier de liaison de l'enfant.
Mon fils a eu deux institutrices formidables pendant deux ans. Très disponibles, très enjouées et ouvertes dans leur manière de faire leur travail d'enseignantes.
Cette année, il a une instit à la veille de la retraite. La vieille école !
Les élèves ne doivent pas parler de politique, de l'actualité, de l 'injustice. Ils ne doivent pas parler de la mort, de la maladie etc.
Mon fils ne cache pas son mécontentement : "Elle est chiante. On ne peut parler de rien avec elle."
Même si il obtient de bons résultats, c'est un élève en demande d'une "rénovation" du système scolaire.
Les enfants évoluent avec leur époque.
Je le vois par moi-même avec mes étudiants.
Enseigner ne signifie pas la toute puissance mais une transmission du savoir.
Enseigner, c'est donner mais aussi recevoir.
L'école laïque est en sursis car elle n'a plus de moyens.
C'est la raison pour laquelle, bon nombre de parents inscrivent leurs enfants dans des écoles ou des cours privés -boîtes à diplômes-.
C'est de la prestation de service !
Il faudrait rétablir des liens, la confiance.
Ce n'est pas le vouvoiement décrété par Darcos qui va redonner l'envie d'apprendre pour les uns et de s'appliquer à faire son travail dans de bonnes conditions -les bonnes conditions ?!!!- pour les autres.
Écrit par : corinne | 23.05.2007
Enfin, bref, vive l'école privé.
Merci !
Écrit par : Olivier | 23.05.2007
Trés beau texte, et rien à rajouter.
Ah, si... Si pour remettre à niveau l'école française, que les profs redeviennent heureux de proffer, et que tout le monde soit heureux, y avait juste le "vous", et ben mince... Pourquoi on n'y avait pas pensé avant ?
Enfin, ne jugeons pas M. le Ministre avant qu'il ait commencé...
Et pour l'idéalisation du privée, je peux comprendre ceux qui ont eu des difficultés dans le public, chercher et espérer une voie meilleure n'est pas scandaleux. Personnellement, j'ai toujours été dans le public. Oh, y a pas longtemps, j'ai eu mon bac en 1995'. Et bon, ça va, pas trop honte de ce que j'ai fait, de ce que j'ai appris. Et j'ai même dans mes amitiés de mes anciens profs. Donc bon, ne pas tout généraliser. Mais comprendre les situations individuelles.
Bonne journée à tous
Écrit par : Falconhilll | 23.05.2007
Pour ce que j'en sais, je n'ai pas d'enfant, mais professionnellement une des solutions est la déconcentration des établissemnts. ne plus faire de collège de 900 places, de Lycées de 2500 places. L'important est la quiétude. C'est un peu décalé, masi dans certains cas sa marche. Rien ne peut se régler en un seul principe pour les vingt millions de français de moins de 18 ans. Cela doit se faire au cas par cas. Et le mixte Public Privé peut-être une bonne chose dans l'immédiat, Cependant dans un lycée de deux cents places il n'y a pas d'échec. Il suffit de regarder les lycées au Danemark, et je ne parle pas des écoles puliques. maintenant on oublie aussi que l'école est un espace neutre qui permet à l'enfant et adolescent de se caler socialement. D'où rapport direct avec les autres par de petits établissemnts. Mais ailleurs, dans un autre coin de France, ce sera autre chose.
Écrit par : martingrall | 23.05.2007
d'accord avec martin sur la déconcentration des établissements.
ces énormes machines de plus de 2000 élèves sont très difficiles à gèrer, les élèves sont anonymes, souvent démotivés
comme je l'ai écrit dans le post, l'école italienne (même dans les grands établissements, qui n'excèdent pas 1500 élèves à ma connaissance) est très humaine
les rapports avec les profs sont faciles, agréables et il y a très peu d'échec à la "Maturità" (équivalent du bac), environ un élève par classe. Par contre je ne sais pas quel pourcentage d'une classe d'âge arrive à ce niveau, il faudrait que je fasse des recherches.
l'école est beaucoup moins répressive qu'en France, on travaille en confiance, et l'examen final est plus le terme, heureux, des années de scolarité, qu'un examen au résultat incertain.
ce qui compte c'est la note, le choix de l'université peut en dépendre.
public, privé
Falconhill (coucou le faucon) à étudié dans le public et il a bien réussi, d'autres non.
comme le dit Corinne parfois le privé offre des structures para scolaires précieuses (études, garderie).
pour le reste ça dépend de beaucoup d'éléments.
j'ai 3 enfants et nous avons vécu trois scolarités différentes.
mais des 3 la plus heureuse d'aller au lycée, sans aucun doute, c'est ma fille qui est en Italie depuis l'entrée en sixième. (en avant dernière année de lycée aujourd'hui)
ses frères allaient au lycée parce qu'il fallait y aller, elle y va avec plaisir, et le contenu des cours l'intéresse, pour moi, c'est énorme.
l'essentiel n'est certes pas de vouvoyer ou non les élèves (mesure grotesque, et qui serait franchement risible si l'enjeu, c'est à dire l'éducation des adolescents n'était si important) mais d'éveiller le désir d'apprendre.
j'aurai une infinité de choses à dire sur l'école qui est un de mes sujets de prédilection.
si vous avez des questions sur l'école italienne, n'hésitez pas à les poser, j'y réponds avec plaisir.
Écrit par : céleste | 23.05.2007
remarque le tutoiement systématique n'est pas mieux. A mon avis c'est une question de convention. Qu'y a t il de pire que ces équipes de jeunes cadres dynamiques qui se tutoient et viennent en jean et chemise à carreau travailler le week-end, à celui qui montrera le plus de dynamisme..
Bon, pour l"école je crois que ce que tu décris au début et ce qui nous attend. Je crie toute seule dans mon antre quand j'entend ; supprimer la carte scolaire parce qu'elle est hypocrite. Il semble de simple bon sens que ce seront toujours les mêmes qui éviteront les écoles mal notées, simplement avec plus de facilité et que les autres se trouvant devant des portes fermées parce que les classes seront complètes se retrouveront ramenés dans leur quartier, avec simplement moins de moyen.
Intéressant ce que tu dis sur l'intégration des enfants en difficulté, mais attirer l'attention des parents sur la nature du handicap de leur enfant. Je pense aux sourds. Ma soeur nous en veut, à nous les ainés et aux parents, de l'avoir fait intégrer une classe "normale" (et ce ne fut pas facile et les obligea à s'installer dans une ville qu'ils n'auraient pas choisi) parceque les professeurs ne pouvaient faire attention à elle, et qu'un sourd dès que le groupe est de plus de trois ou quatre personnes perd pied.
Pour en revenir à la sectorisation la mauvaise foi éclate dans le fait que le ministre refuse d'étudier plutôt un redécoupage des zones pour mélanger d'avantage les populations
Écrit par : brigetoun | 23.05.2007
bon sang, les fautes d'orthographe !
Écrit par : brigetoun | 23.05.2007
Et si, mais je sens que je vais me faire incendier, pour redonner l'envie aux enseignants, et aussi leur redonner une autorité perdue, on pouvait éviter, au gouvernement, de les voir comme des "postes budgétaires", comme des fainéants, de dire qu'ils font mal leur travail, qu'ils sont trop nombreux, etc. etc.
Vous ne croyez pas qu'ils en ont un tout petit peu ras la bol de tout cela ?
La carte scolaire est un attribut républicain. La remettre en cause, c'est remettre en cause l'école républicaine.
Écrit par : Bruno Lamothe | 23.05.2007
Encore un sujet préoccupant. Et pourquoi NS veut-il aller si vite?
Écrit par : Eric | 23.05.2007
@brigetoun, c'est une question de convention, absolument. je dirai même plus un détail.
pour qu'un apprentissage soit efficace et harmonieux il faut qu'un lien se crée entre l'enseignant et l'apprenant. Il repose sur le désir d'apprendre pour l'un, d'enseigner pour l'autre.
Il est fait de respect réciproque, d'écoute et de volonté de transmettre et de recevoir un savoir, des connaissances;
il doit permettre la curiosité de l'élève, susciter son questionnement.
cela ne peut se faire que dans des conditions de sérénité et de bien être.
on n'apprend pas "de force", si c'est le cas, pour la plupart des élèves, les notions seront stockées superficiellement, sans être comprises, dans la mémoire à court terme.
on n'apprend pas, on ne crée pas sans désir.
la forme des échanges (vouvoiement, tutoiement) n'a aucune importance.
par contre et je rejoins @Bruno:
l'image de l'enseignant est très essentielle; des enseignants maltraités, défavorisés, traités comme des matricules, ou des fainéants, auront beaucoup de mal à éveiller le désir d'apprendre.
vivant mal leur rôle, se sentant mal aimés, leur capacité à enseigner est considérablement réduite.
il y aurait tellement à faire, qui n'est pas fait.
pourtant, de Socrate à Freinet, des pédagogues n'ont pas manqué de nous indiquer la voie à suivre.
@Eric
pourquoi il va vite?
par boulimie?
parce qu'il sait qu'il n'en a pas pour longtemps? (peu probable de sa part)
parce qu'il confond vitesse et précipitation...
dommage pour lui "la lenteur sera notre arme" :-)
Écrit par : céleste | 23.05.2007
tu prèches une convaincue Céleste, et puis j'ai eu la chance d'avoir des goûts qui me portaient vers les matières principales quand j'étais en classe, ce qui m'a située dans les trois prmières de ma classe jusquau bac, (accessoirement cela faisait que je pouvais me permettre de montrer mon imperméabilité au coté religieux de l'enseignement de mes dominicaines) mais en outre nous n'étions jamais plus de 20. J'ai eu de la chance et je le savais. Après : je dois être la moins diplomée de ce blog.
Fondamentalement je pense (ai-je tort) que pour cela aussi il devient crucial en France de tout tenter pour refaire de la mixité et que cela passe par la politique du logement
Écrit par : brigetoun | 23.05.2007
"La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter"
Louise Michel
Écrit par : Bruno Lamothe | 23.05.2007
Très intéressant, comme d'habitude, cet article, Céleste.
J'ignorais le fonctionnement du système en Italie et il me semble, dans ses côtés positifs que tu soulignes, frappé du bon sens.
En France, il est de bon ton de dire "les enseignants ne veulent pas changer, ils sont réfractaires à toute réforme. C'est pour cela qu'on ne peut rien faire". Peut-être y a-t-il du vrai, mais aussi, c'est qu'ils ne veulent pas changer pour pire, non plus.
Or, d'abord, les réformes successives ne se sont pas faites suite à une réelle réflexion avec les enseignants mais se sont élaborées entre gens de bonne compagnie dans les salons feutrés du ministère avec des pédagos professionnels, loin des réalités sur le terrain et bien en cour pendant des décennies. (Allègre, un de ceux-là, vulgaire et méprisant, ne laissait-il pas entendre que les enseignants, hirsutes et débraillés, défilaient dans les manifs avec la bouteille de vin rouge dans le sac à dos? ).
Quant aux "réformes", même si elles partent parfois d'un certain désir de traiter les problèmes, elles finissent à l'arrivée par être vidées de leur sens initial à force de réductions - réductions horaires et budgétaires - et d'augmentation des charges de travail. De belles théories sur papier glacé.
Quant au tutoiement-vouvoiement, je suis bien d'accord avec Céleste, c'est un faux problème. Comme d'habitude.
D'abord je ne vois pas où le nouveau sinistre (qui fait lui aussi partie de ces gourous qui ont longtemps hanté les ministères) a pris que les élèves tutoyaient les profs. Encore un de ces simplismes idéologiques qu'ils veulent instiller dans l'imaginaire de la population (tout cela, c'est la faute des profs qui se laissent tutoyer, et donc, "évidemment", ils ne sont pas respectés).
Les rapports hiérarchiques ou le respect ne s'instaurent pas à coups de conventions de façade.
De même que le nouveau prèze a décrété qu'il voulait que les élèves se "lèvent quand le professeur entre en classe". Et pourquoi ne pas imposer un uniforme, aussi, pour n'avoir aucune tête qui dépasse?
Oui, et ça mène où, ces barrières factices, derrière ce décorum? Qu'est-ce qu'on fait une fois qu'ils sont assis? C'est là que cela devient sérieux.
Et le respect, pour être crédible, il devrait être pratiqué, d'abord, au plus haut niveau au lieu d'être imposé uniquement à la plèbe par des "élites"méprisantes et calomnieuses, qui, elles, s'exonèrent de fait de toute obligation.
Quand on ne cesse de fustiger les enseignants (de même que les chômeurs, les "assistés", etc.), quand on crée des clivages superficiels (les "méritants", les bien-pensants et les autres), on ne règle aucun problème, on les exacerbe.
Et quand on ne veut pas chercher des solutions, parce qu'évidemment, il faudrait investir et qu'il faudrait aller plus loin qu'une analyste simpliste et populiste de la situation, on attaque et on interdit.
Mais ces manoeuvres n'ont qu'un but: avec la précarisation généralisée des employés de la fonction publique et la privatisation de l'Education, c'est le démantèlement d'un sytème qui, s'il était perfectible, avait des qualités reconnues, même au-delà de nos frontières - un système sacrifié sur l'autel du libéralisme.
Écrit par : emcee | 24.05.2007
Merci Céleste, j'ai bien pris le temps de lire, passionnant.
Je suis particulièrement touchée par ce que tu écris sur l'accueil des enfants trisomiques. Je connais actuellement un petit trisomique de 6 ans qui ne fréquente l'école que 2 matinées par semaine : impossible de l'accueillir plus dit la directrice de l'école... L'année prochaine, il doit quitter la maternelle, et voilà, où va-t-il être scolarisé ? (Il n'habite pas à Paris, mais dans une grande ville).
Écrit par : Fauvette | 24.05.2007
@céleste et les autres,
Je rentre d'une petite semaine de cours à l'ESJ où les stagiaires m'ont dit : "Nous avons passé une très bonne semaine. Elle a été très riche. On ne
regrette pas cette formation."
Je suis satisfaite. Eux aussi.
Des journalistes "expérimentés" qui repartent heureux après une semaine de formation continue, c'est un succès !
J'essaie qu'il en soit de même avec les étudiants.
Une année se termine.
Elle m'a permis de réaliser que j'aimais enseigner.
C'est à chacun de trouver sa méthode, de définir sa pédagogie, le contenu de ses cours etc - en fac, nous sommes assez libres de ce côté-là-.
Je prépare mes cours avec autant de rigueur que lorsque je rédigeais un papier. Le journalisme me manquera sûrement, mais former et enseigner est une chance extraordinaire.
J'ai décidé de la saisir.
Il n'est pas trop tard pour bien faire...
NB : J'avais aimé parler avec Fabio de la manière dont on prend en charge en Italie les enfants handicapés ou qui présentent une différence de comportement et/ou de réception de l'apprentissage de base. Je n'aime pas le mot "déficience".
Je trouve que la méthodologie choisie pour les aider à surmonter ces difficultés et les intégrer au système scolaire "classique" est exemplaire.
Tu devrais en parler ici.
Bises
Merci pour ton mail...
Écrit par : corinne | 26.05.2007
Vaste sujet!
Je reviens sur la question de l'intégration des enfants en grande difficulté: la loi a évolué depuis 2006 en france: il ya maintenant 2 "catégories": ce qui est classé "grande difficulté" d'une part, et ce qui est "handicap" de l'autre, y compris "handicap mental": pour les premiers,avant ils étaient dans les CLIS ,ces classes spécialisées que tu as du connaitre (ex classes de perf.); ils y sont de moins en moins puisque ces classes ferment de plus en plus,et donc réintégrés en circuit classique: en soi, on pourrait penser que c'est trés bien,l'ennui c'est qu'il y a trés peu de moyens d'accompagnement pour ces enfants et pour l'enseignant: on est trés loin des 80 pour cent d'enseignant en plus comme ce que tu décris!...à peine queques heures d'EVS (ex AVS),soit une "aide à la vie scolaire" de quelques heures par semaine,et pas pour tous puisqu'il ya plus de besoins que de possibilités,de plus ces personnes n'ont aucune qualification, que leur bonne volonté...quand au médecin et psychologue scolaire, une catastrophe,vu le nombre d'Etablissements qu'ils doivent couvrir...ils ne peuvent que survoler ou considérer les situations les plus critiques...ce n'est pas ce que j'appelle de l'intégration,c'est une vaste hypocrisie...
Pour la 2eme catégorie, "handicap", c'est le sésame de l' intégration en CLIS ,(de moins en moins en nombre) ou de l'Etablissement spécialisé, donc circuit Education spéciale...
je trouve tout à fait génant de devoir étiqueter un enfant "handicap" dés le plus jeune àge, ce qui met d'ailleurs les médecins qui établissent les certificats médicaux en difficulté face aux familles et figent l'état de l'enfant, trés délicat pour les troubles mentaux...
ensuite, comment distinguer clairement ce qui est de la pathologie mentale(=handicap) ou de la grande difficulté(="handicap sociale, carence.."???
je n'aime pas ce systéme d'étiquetage...
Le plus trouble, c'est que, partant du désir bien justifié des associations de parents d'enfants handicapés de les intégrer en milieu scolaire ordinaire, on a utilisé cet arguments pour fermer des structures adaptées et...faire des économies....
Écrit par : Cat | 26.05.2007
bonjour à tous!
Je suis passée d'un lycée bourgeois du centre ville de Nantes où presque tous les profs vouvoient les élèves au lycé d'une petite ville de classe moyenne ou aucun prof ne vouvoient.Ils sont tout autant respectés et l'ambiance ici est plus cordiale, les profs veulent simplement que chacun reucisse, qu'on ait 10 au bac et basta.A Nantes certains profs laissaient de coté les élèves en retard, j'en ai fait partie.Ce lycée obtient chaque année 95% de reussite au bac, il fait pati du top 10 des lycées de France et tien à y rester.Ce n'était pas simplement un lieu d'apperntissage mais une boite à bac,ett si possible avec mention TB.Et il s'agit bien d'un lycée public...
Écrit par : Libertad | 27.05.2007
Il est illusoire de croire que la carte scolaire favorise la mixité sociale pour la bonne raison que celle-ci n'existe plus dans le paysage urbain. Les quartiers où vivent les "pauvres" ne sont pas ceux où vivent les "classes moyennes" et sont fort éloignés de ceux où vivent les "riches"...
Au contraire, l'un des effets pervers de la carte scolaire est que ceux qui en ont les moyens peuvent éviter le "mauvais" collège soit en inscrivant leurs rejetons dans le privé, soit par le biais d'adresses bidons alors que ceux qui n'en ont pas les moyens sont condamnés à y rester...
A trop vouloir réglementer, on finit par obtenir le contraire de ce que l'on recherche.
Ne pas oublier non plus, que le mot libéral est de la même famille que liberté... pourquoi la gauche française est-elle la seule au monde occidental à avoir si peur de la liberté des autres, c'est étonnant, non ?
Écrit par : Annie | 28.05.2007
Le taux d'abandon dans le secondaire est très élevé, entre 25 à 30 % pour ce que je me souviens avoir lu. Cela dépend aussi des endroits...
Une chose positive de l'école italienne est un enseignement beaucoup plus appronfondi qu'en France dans les disciplines artistiques. Dans l'ensemble, les élèves ont une bien meilleure connaissance de l'hitoire de l'art, et de l'histoire en général.
Le système actuel italien est structuré un peu comme il l'était en France avant les seules sections L ou S, par sections, mais par établissement: le lycée classique (A), scientifique (C,D), artistique, économique (B), etc...
Écrit par : Lory | 28.05.2007
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